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mercredi, 05 avril 2006
Froid dans le dos.
Il est midi. Il est allongé de tout son long. Conscient. Mais incapable de se relever. La quarantaine. Nous sommes dans l’un des quartiers les plus huppés de la capitale ; devant la Banque de France au coin de la rue de Sèvres et du Boulevard Raspail. Je me suis accroupi, l’ai aidé à s’asseoir avec une jeune femme qui est rapidement repartie et on a commencé à discuter, tous les deux.
Je n’ai pas pu faire autrement que de l’engueuler d’abord parce qu’il refusait que j’appelle la police pour l’aider. Il m’explique qu’il ne veut pas. « Je ne veux pas me retrouver à Nanterre ». Je tente de le convaincre. Rien à faire. Il fait froid. Je lui propose de traverser au soleil. Un truc bien débile pour parler quoi. Comme s’il faisait moins froid sur le trottoir d’en face ! Il me regarde dans les yeux. Ca fait deux mois qu’il est dehors. Il n’a pas mangé depuis deux jours. Il a la tête qui tourne. J’essaye de nouveau de le convaincre de me laisser appeler pour qu’il aille se requinquer au chaud. Il me supplie de ne pas le faire. Il me supplie vraiment. On vous a déjà supplié vous ?
J’ai le téléphone à la main. J’essaie encore. Et puis je laisse tomber.
On parle. Je suis accroupi. Il est adossé au mur. Les gens nous regardent comme deux martiens. Il me remercie juste de m’être arrêté et de lui parler. Je finis par lui proposer de nouveau de traverser au soleil. Il accepte et s’accroche à mon bras. On parle en traversant la rue, bras dessus bras dessous. Il vacille un peu. Il a eu froid tout l’hiver : « la météo ne nous aide pas » dit-il. « j’ai eu de la neige sur mon duvet ». J’ai l’air d’un con. Il veut de l’argent ou des tickets restau. Je ne vais rien lui donner. Mais il me remercie encore et m’interroge sur mon métier. « Je suis éditeur ». « Un nouveau Gallimard » lâche-t-il dans un sourire. Je le laisse au métro. « Ca va aller » me dit-il. « Merci de m’avoir parlé » finit-il en me serrant la main et en me regardant droit dans les yeux.
Après ce regard, le CPE, Montebourg, Villepin, Sarko, ce blog ça n’a plus aucune importance.
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Commentaires
bienvenue sur terre....
Ecrit par : mise en abîme | mercredi, 05 avril 2006 13:53
Ces quelques minutes sont tout à votre honneur.
J'ai souvent pensé à me rapprocher, l'espace d'un instant solidaire, de certaines de ces personnes qui semblent encore plus au fond que le fond. Je n'ai jamais pu. Pourquoi ? Parce que j'avais autre chose à faire. Parce que je ne savais pas quoi leur dire ou leur proposer. Le mystère de l'indifférence, en somme.
Sans indiscrétion, pourquoi et dans quel but ne lui avez-vous rien donné ?
Ecrit par : Yannick | mercredi, 05 avril 2006 14:10
On se retrouve, Guy! Mais... je te le confirme, le blog conserve toute sa pertinence, ne serait-ce que pour cette note.
Ecrit par : Perséphone | mercredi, 05 avril 2006 14:13
Plus rien d’autre n’a d’importance, sauf à émettre les limites du politique. C’est par votre post devenant le point d’eau où toute la jungle se respecte et s’estime tous partis confondus que cette personne sera accompagnée dans le tissu social redevenu ordinaire, c’est à dire sans exclusion. Et bien entendu c’est par une politique acceptant ses limites, parce que confrontée aux idées. C’est vrai que Balladur, la sixième république ! édité par Privé ne serait pas négligeable dans cette inversion. Tu as sauvé une vie dans ces cas la suffisance ou la peur est une exécution. Evidemment il faut fermer sa gueule, ce n’est pas l’objet du point d’eau.
Ecrit par : martin grall | mercredi, 05 avril 2006 14:19
lol mise en abîme. Je me suis également demandé pourquoi tu ne lui a pas donné d'argent. Peut-être d'ailleurs l'as-tu fait, en ayant l'élégance de nier l'avoir fait. Je ne sais pas. Je comprends qu'en regard d'une situation comme celle de cet homme, les "questions" sur Sarkozy et Villepin (que je ne mets pas dans le même sac, même en regard de la situation de cet homme, que quelqu'un comme Montebourg) et même ce blog puisse paraître vains. Je comprends ce sentiment là. En même temps, ce que je peux dire c'est qu'une situation comme celle de cet homme est directement la conséquence d'une certaine politique, de réponses que des dirigeants ont apportées, ou n'ont pas apportées à certaines questions sociales, politiques, économiques, et que pour cette raison, ce blog n'est pas vain. Il est clair que ce que nous faisons ici ne va pas aider directement cet homme. Mais peut être est-ce une erreur de juger de la valeur de cela d'après ce critère là.
Ecrit par : Mathieu | mercredi, 05 avril 2006 14:20
"Mais peut être est-ce une erreur de juger de la valeur de cela d'après ce critère là." Selon moi, bonne remarque, Mathieu.
Une des particularités de l'ambiance actuelle est la confusion du tout avec tout. N'y cédons pas. Ne vous méprenez surtout pas sur le sens de ce que je vais écrire ici: il ne faut pas confondre les pauvretés. Un homme aculé, détruit socialement, est un symptôme d'une maladie grave de la société. Un clochard libre est en revanche le signe que le totalitarisme n'a pas encore vaincu.
Clochard victorieux et libre ou précaire déclaré arbitrairement inapte par le totalitarisme de l'inclusion?
Ecrit par : Perséphone | mercredi, 05 avril 2006 14:30
Je me surprend moi-même à l'emploi du néologisme grammatical: précaire comme substantif! Merde, je suis atteint!
Ecrit par : Perséphone | mercredi, 05 avril 2006 14:33
Cet homme de la rue n'est pas dans la précarité.......
Définition de ce qui est précaire : "qui n'existe ou ne s'exerce que par une autorisation révocable."
mais au delà de la détresse de tant de personnes, nous devons considérer à la méthode Kan Ban les processus qui aboutissent à ces déchéances. Exemple : je viens de racrocher de la caisse Organic pour un retard de paiement, quelle suite ? Huissier, saisie, découvert, expulsion sans qu'aucun des intervenants des exigences ne soient concernés par le résultat final. Petite lorgnette de chacun, divisé pour le meieux d'un reigne.
Ecrit par : Philippe68 | mercredi, 05 avril 2006 15:09
Guy,
je retire toutes les conneries que j'ai pu postées en commentaire à votre article sur la fouine.
Vous, comme tant d'autres, avez vu des clochards, mais vous, comme très peu d'autres, leur avait parlé, les avez regardé dans les yeux, vous êtes rendu compte que, finalement, ces grosses masses de fourrures puantes qui trainent par terre sont des humains, avec sans doute une histoire terrible qui les a amenés là.
Je dis cela avec d'autant plus d'émotion, que moi-même, je n'ai encore jamais osé faire ce que vous avez fait.
Je vous contredis sur la fin du post :
Montebourg, Villepin et Sarkosy ont de l'importance, car leur objectif d'homme politique devrait tendre à faire disparaitre cette possibilité qu'on a tous un jour de se retrouver dans la rue, couvert de fourrures puantes.
Et votre blog a de l'importance, pour montrer que cela existe, et pour démontrer l'apathie des politiques.
Ecrit par : xolotl pichuan | mercredi, 05 avril 2006 15:17
Philippe68, vous êtes vraiment sûr de vouloir couper les cheveux en quatre? "Précaire" dans son acception communément admise "qui n'est plus maître de son destin". Il y en a bien qui emploient le terme "opportunité" pour dire "occasion" - alors, à côté péché véniel!
(On dirait du Martin, dis-donc! ;-))
Cela dit cette redécouverte globale et inopinée par tous des vertus élémentaires judéo-chrétiennes n'est pas pour me déplaire. La civilisation ressurgirait-elle?
Ce que Guy a fait est bêtement, droitement humain et civilisé. Commentons-le au-delà et cessons de nous étonner en Tartuffes et fourrant de lieux communs la réflexion qu'il propose.
Ecrit par : Perséphone | mercredi, 05 avril 2006 15:30
amen... ; )
Ecrit par : mise en abîme | mercredi, 05 avril 2006 15:39
Perséphone, nul n'est mon intention de m'extraire du sujet. Guy, en nous narrant sa démarche nous interroge aussi sur le pourquoi, sa question devient la notre. La mienne est de savoir quelles sont les bévus de notre sociétés qui engendre l'isolement de ces êtres que nous croisons.
Ecrit par : Philippe68 | mercredi, 05 avril 2006 15:41
Guy,
Votre attitude s'appelle tout simplement de l'humanité. Vos interrogations, les remarques et les constats que ce comportement induit se nomment quant à eux le réalisme. Réalisme quant à l'état de notre société non seulement institutionnel mais moral.
En 1997 j'écrivais une ballade en l'honneur de l'un de ces hommes libérés par quelques fous déshumanisés de cet emprisonnement dans lequel l'égoïsme individuel de ce modèle de société nous enferme insidieusement, vous pouvez la lire ici si vous le souhaitez :
http://campusliber.laecite.org/index.php/perso/suite/yohann_le_paladin/
Vous n'avez pas à avoir froid dans le dos, Guy, mais chaud au coeur de ce que vous avez fait et de votre comportement. C'est ce que j'ai ressenti à la lecture de votre billet, cette même chaleur que j'ai pu voir, lorsque je cotoyais ces "marginalisés", chez d'autres personnes ne refoulant pas cette humanité. La liberté du Clochard a elle aussi été réduite comme peau de chagrin, autant que la nôtre. La seule différence c'est que eux n'en disposaient que de très peu.
Croyez-moi Guy, contrairement à ce qui semble dans le brouhaha social qui est le nôtre, il existe beaucoup de personnes comme nous. Mais leur impuissance n'en augmente pas moins dangereusement parce que les limites sont constamment repoussées.
Mais nous savons tous deux que ce n'est pas inutile ni vain. Alors oui, j'ai eu chaud au coeur à vous lire parce que je me suis senti solidaire tant de vous que de lui. Merci.
Ecrit par : José@La e-Cité | mercredi, 05 avril 2006 15:48
no comment Guy, bravo d'avoir tendu la main et fait ce que je n'ai jamais fait...
sujet voisin auquel je pense immédiatement en lisant cette note: ce midi 13H30 France Inter, débat sérieux entre Raoult et Bartolone sur les banlieues, les zones franches, la politique de la ville...
10 minutes plus tard des rappeurs invités dans la partie magazine du journal, Fonky Family de Marseille. Et l'un d'entre eux, calmement, explique qu'il aurait bien aimé dialoguer avec les 2 "Monsieurs" d'avant, pour expliquer que "tout simplement le problème des banlieues c'est la pauvreté, et quand on met beaucoup de gens pauvres ensemble ça ne se passe pas toujours bien".
donc je lis votre note comme un utile "retour à l'essentiel", "bienvenue sur terre" comme dit très bien par miseenabime.
sur le CPE, qui s'occupe vraiment des gens, c'est-à-dire de faire baisser le chômage des jeunes?.. villepin - sarko dans leurs guéguerres d'orgueil? non. mais les syndicats, qui demandent à abroger le CPE mais n'ont pas avancé depuis 2 mois une seule proposition concrète pour lutter contre le chômage des jeunes? pas plus..
Ecrit par : lebienpensant | mercredi, 05 avril 2006 15:56
Perséphone, "Ce que Guy a fait est bêtement, droitement humain et civilisé. Commentons-le au-delà et cessons de nous étonner en Tartuffes et fourrant de lieux communs la réflexion qu'il propose."
OK, mais le problème, c'est précisément que ça nous paraisse tellement énorme, tellement beau, tellement décalé.
C'est betement, droitement humain et civilisé, et pourtant personne ne le fait. Je ne le fais pas, le faites-vous ?
C'est incroyable de penser qu'aujourd'hui en france, des gens crèvent dans la rue, et c'est incroyable de penser que tant de monde passe à coté en s'en fichant qu'ils crèvent, en espérant qu'ils ne demandent rien, au risque de nous foutre en retard à notre rendez-vous capital, ou , dans le métro, de nous importuner dans notre lecture.
Ecrit par : xolotl pichuan | mercredi, 05 avril 2006 16:00
C'est bien Guy, tu grandis avec moi.
Ecrit par : Léo, esprit Saint. | mercredi, 05 avril 2006 16:15
c'était pas Jean Lassale???
Ecrit par : le clown | mercredi, 05 avril 2006 16:20
Vous versez maintenant dans le sentimentalisme ou pire, la vanité peut-être ? Vous m'en voyez déçue. Autant j'apprécie vos billets, autant celui fut de trop. Voyez-vous, à mon sens, être humain - ou plutôt traiter l'autre comme tel - ne mérite ni autosatisfaction ni publicité. C'est un devoir.
Mais on va mettre votre dernière digression sur le compte de la tiédeur de l'après-midi, qui semble vous avoir ramolli et le coeur et le cerveau...
Ecrit par : Valérie | mercredi, 05 avril 2006 16:44
Guy dit : "Après ce regard, le CPE, Montebourg, Villepin, Sarko, ce blog ça n’a plus aucune importance".
tu en apprends des choses en ce moment !
va faire un tour vers 13h00 sur les marchés du 20ème.
tu verras des personnes du 3ème age qui font les poubelles des marchés.
Ecrit par : jeanmarc | mercredi, 05 avril 2006 16:56
« Le clochard, comme le criminel, le toxicomane et la prostituée, est
une des grandes figures de la transgression sociale. Il est la figure
emblématique de l’envers ricanant de la normalité et de l’ordre
social. Il en est, de par son existence même, le radical critique. De
plus, il présente l’apparence d’être libre, sans attaches et sans
obligations. En cela, il est séducteur. En cela, il est dangereux.
Séduction et dangerosité, dont se protège l’ordre social, en
condamnant les clochards, comme les autres marginaux
transgressifs, à une souffrance minimale, mais structurelle.
Il est nécessaire à l’ordre social que la vie de ces marginaux soit
structurellement difficile car il faut que leur "choix" se paye ».
DECLERCK Patrick (2001), Les Naufragés, Plon.
PS : vive le clown qui est très drôle
Ecrit par : Anne | mercredi, 05 avril 2006 16:59
Valérie, vous avez le droit de penser cela et de l'écrire. Je savais que viendraient peut-être ce genre de reproches ou de jugements. Quant au devoir Valérie, s'il suffisait de le décréter...
Ecrit par : guy birenbaum | mercredi, 05 avril 2006 17:03
Guy, tu te balladurises !
nous avions déjà eu "dans le métro, il fait chaud"
maintenant " dans la rue, il y a des pauvres"
Ecrit par : jeanmarc | mercredi, 05 avril 2006 17:36
A force de ne plus dire à quel point nous bouleverse la vue de ces passants qui ne passent pas, on finit par ne plus être ému.
Elle est salutaire, cette émotion. C'est elle qui nous pousse aussi à nous engager en politique, tout au moins ça le devrait...
Merci, Guy, de ton message d'aujourd'hui.
Aurelie
P.S. : à lire un beau livre de Nick Flynn en ce moment, sur ce regard-là (3encore une nuit de merde dans cette ville pourrie")
Ecrit par : aurelie | mercredi, 05 avril 2006 17:36
Je suis d'accord avec Valerie. Ce billet est d'une impudeur à gerber.
Ecrit par : Spice | mercredi, 05 avril 2006 17:45
Qu'est-ce qui impudique? Qu'un type crève de froid et de faim dans la rue on passe? Qu'on le voit? Qu'on aille le voir? Qu'on le dise?
Ecrit par : Mathieu | mercredi, 05 avril 2006 17:47
Xolotl: "C'est betement, droitement humain et civilisé, et pourtant personne ne le fait. Je ne le fais pas, le faites-vous ?"
Oui, ça m'est déjà arrivé.
Ecrit par : Perséphone | mercredi, 05 avril 2006 17:54
perséphone, c'est tout a votre honneur
Ecrit par : xolotl pichuan | mercredi, 05 avril 2006 17:57
Amen ;)
Ecrit par : Mathieu | mercredi, 05 avril 2006 17:59
Guy,
La baraka sur votre maison d'édition!!!
Ecrit par : François | mercredi, 05 avril 2006 18:06
Mathieu, comme je le disais, tout n'est pas à jeter dans le judéo-christianisme, à commencer par la conception républicaine de la société qui en est la fille directe - amen donc;-))
Ecrit par : Perséphone | mercredi, 05 avril 2006 18:08
Eh bien oui, il y a des gens dans la rue qui crèvent de faim et de froid, et ça devrait être moins banal. M Birenbaum, vous ne les aviez jamais vu ?
A quoi pensiez vous donc en arpentant votre ville ? Mais peut être ne marchez vous jamais ? Pas assez longtemps, juste du parking privé de votre immeuble à votre porte ?
Je ne vous fais aucun reproche, votre comportement fut aussi humain que possible, même ne rien donner ce jour là ne me choque pas tant que celà : ce n'était peut être pas ce qu'attendait vraiment cet homme et vous l'avez senti...
Ce qui me choque en revanche c'est votre étonnement, dont vous n'êtes pas entièrement responsable. A lire les notes postées en réponse, beaucoup sont comme vous. Voilà bien un signe que cette société tourne mal ! Même vous, homme de média, vous ignoriez cette réalité là !
C'est aussi déprimant que l'enthousiasme soulevé voici quelques années par ce reportage sur les smicards, vous souvenez vous ? Ces gens qui allaient se laver aux bains publics ? Tout d'un coup on découvrait les pauvres !
Pour autant, M Birenbaum, vos réflexions, votre blog, tout ceci n'est pas vain : chacun son niveau, voilà tout ! Votre action efficace n'est pas forcément de vider votre portemonnaie dans la poche des clochards, mais peut être de tout faire pour que plus personne n'ait un jour à mendier...
A l'avenir, gardez une fenêtre ouverte sur le vrai monde, cet homme vous aura peut être beucoup plus apporté que vous ne le pensez !
Ecrit par : fanny guillot | mercredi, 05 avril 2006 18:08
Guy,
Nous avons tous une fois fait cela et ressenti pour le reste de la journée ce malaise. Un chèque déjeuner, une pièce, une parole réconfortante. Ca change quoi ? Demain, tout recommencera. Pour eux, pour nous. Je ne veux pas ne pas les voir. Je sais que je n'ai pas de solution mais je fais ce que tu as fait. Un regard, des mots échangés parce que c'est bon pour eux de savoir qu'ils font partie du genre humain, de notre société. On peut aussi ne pas les voir et leur marcher dessus comme s'ils étaient des ordures ou des excréments. Ce sentiment de honte, d'impuissance devant les figures locales de la pauvreté que nous connaissons tous. Les habitués de nos quartiers. Ces personnes qui ne font pas de bruit. Souvent, je me suis dit qu'il en fallait du courage pour tendre la main, pour mendier. Elle était prof de philo, son mari l'a quitté pour une autre. Elle a tout abandonné, elle a glissé dans l'alcoolisme. Elle a été abandonnée de tous, des siens. Elle dort dans les abris de bus. Elle traîne sa vieille carcasse en centre ville, en bord de mer. Du passé, elle garde une magnifique bague de joaillier à son doigt. C'est tout ce que je sais d'elle. Lorsque je la vois, je repense à une histoire que ma fille adorait "(...) Sale comme un pou, sale comme un peigne, sur le trottoir que la pluie baigne, Kiki s'en va le nez baissé chercher un nouveau foyer... Il empuantit tellement que personne ne veut plus l'approcher". Je lui refile de temps à autre un chèque-déjeuner, j'achète une formule complète chez le boulanger. Je ne lui fait pas la conversation mais je sais qu'elle existe. C'est déjà beaucoup pour elle. Les politiques sont loin de cette réalité.
Ecrit par : corinne | mercredi, 05 avril 2006 18:10
Il y a effectivement de l'impudeur dans ce billet. Mais est-ce un mal, pas sûr... (Cela peut permettre d'éveiller l'attetion sur un point particulier, rendre plus attentif à certains phénomènes [cf les ogres, l'antisémitisme] etc.) Juger ce billet serait prétentieux et pour le coup bien plus impudique...
Ecrit par : mise en abîme | mercredi, 05 avril 2006 18:14
"impudeur à gerber", "parking privé", "immeuble", "peut-être ne marchez vous jamais"...
La représentation que certains d'entre-vous se font d'un éditeur de 44 ans est proprement si hallucinante et loin de la réalité que je me demande si une fiche signalétique réelle de ma vie très normale ne serait pas nécessaire.
Peut-être faudrait-il en passer par là pour que vous compreniez mon moteur.
Mais à coup sur ce serait encore plus impudique... Merci en tous cas de toutes ces réactions que je viendrais mesurer plus tard.
Ecrit par : guy birenbaum | mercredi, 05 avril 2006 18:38
Ce que je trouve étonnant et triste à la fois c'est que une action qui devrait être normale soit considérée comme un évènement...
Ecrit par : robert solarwind | mercredi, 05 avril 2006 19:22
"tout n'est pas à jeter dans le judéo-christianisme" absolument Perséphone. D'autant plus qu'une pensée agit d'autant plus profondément là où elle est combattue, et là où elle n'est pas explicitement reconnue. Et d'autant que le relation de l'homme au Christianisme n'est pas, n'a jamais été, et ne sera jamais une relation dans laquelle nous serions en mesure de jeter ce qui nous déplaît en gardant ce qui nous déplaît, tout cela selon notre simple bon vouloir. Donc absolument d'accord avec toi.
Je comprends assez ce que dit Guy, dans le sens où nous avons spontanément tendance à comprendre et à percevoir tout ce qu'il peut dire ici uniquement à travers le prisme de sa position sociale d'éditeur et à partir de l'image que nous en avons spontanément. Je pense qu'il serait juste vis-à-vis de ce qu'il dit que nous ne ré(con)duisions pas immédiatement et uniquement tout ce qu'il dit à sa position sociale ou à l'idée que nous en avons a priori. En ce sens là, il ne serait pas inintéressant et inutile qu'il nous parle de "sa vie normale".
Ecrit par : Mathieu | mercredi, 05 avril 2006 19:32
La majorité d'entre vous n'a jamais discuté avec un SDF???!!!
C'est assez triste ce que vous dites là... Etant étudiant salarié à mi-temps (dans un restaurant où les heures supplémentaires ne sont pas payées), je n'ai pas beaucoup d'argent et je n'en donne que très rarement aux Gens qui font la manche. Par contre quand j'ai le temps (je l'ai souvent), je les dépanne d'une cigarette ou je discute un peu avec eux! Pour ceux qui pensent qu'on a le moral en berne après, c'est pas tout à fait vrai. C'est surtout un point de vue nouveau, une rage décuplée, une vision plus réaliste qu'on gagne! Et pour eux c'est essentiel, le lien social! L'un d'eux est roumain et squatte près de chez moi, eh bien j'ai appris a dire bonjour en rom (buna ziwa) et je lui transmet les résultats du steua bucarest, son équipe fétiche, ça donne l'occasion de discuter un peu au point qu'il ne me demande plus de l'argent mais s'empresse de discuter avec moi de foot ou d'autre dès que je le croise;...
Ouvrez - vous, prenez le temps de partager!
Ecrit par : guillaume | mercredi, 05 avril 2006 19:41
"La charité prend patience, la charité rend service, elle ne jalouse pas, elle ne plastronne pas, elle ne s’enfle pas d’orgueil, elle ne fait rien de laid, elle ne cherche pas son intérêt, elle ne s’irrite pas, elle n’entretient pas de rancune, elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle trouve sa joie dans la vérité. Elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle endure tout (...)"
(Paul, Epître aux Corinthiens 13, 1-7)
Ecrit par : Anne | mercredi, 05 avril 2006 20:36
Ce témoignage rend son auteur proche des gens. Je connais, ayant évoqué sur mon blog une séparation douleureuse mais il ne faut pas céder à l'émotion, Sarko, le CPE, le RMI et tout ça, c'est aussi important, peut-être parce que ce genre de situation risque de se reproduire et sans préjuger de circonstances personnelle conduisant les individus vers leur perte - chacun étant libre - il faut mesurer aussi la responsabilité collective qui met certains dans des situations intenables
Ecrit par : Fulcanelli | mercredi, 05 avril 2006 21:14
Excellente citation Anne!
Contrairement aux offusqués du jour (quoique je puisse comprendre d'où vient leur irritation), je pense que Guy a cette honnèteté indéniable qui consiste à ne pas faire semblant... de s'étonner de s'étonner. Si effectivement la pauvreté crasse jonche le pavé des grandes villes, la réalité est que d'éviter de s'y confronter est très facile. Et autant, comme je le disais à Xolotl, il m'est arrivé à quelques reprises de m'y confronter, autant je suis loin d'être un saint et dans 90% des cas, je passe mon chemin car je n'ai pas de place dans ma vie pour m'occuper de ça.
C'est juste la réalité, c'est juste la vie.
La vie sans malheur, sans pauvres, sans riches, avec des méchants qui ont des sales gueules et des gentils qui gagnent, c'est périphérique porte de Bercy, autoroute A4, sortie Marne-la-Vallée.
Si Guy parle d'une expérience qui l'a touché, et sans malice, laissez-le en paix. Ce n'est pas un enfant de quatre ans! Je crois qu'il est au courant que nous ne vivons pas au pays des fées, je vous rassure.
Ecrit par : Perséphone | mercredi, 05 avril 2006 21:14
Je n'ai plus de commentaires à faire ici.
Ecrit par : guy birenbaum | mercredi, 05 avril 2006 21:58
Ah,
il y a comme un froid on dirait
Ecrit par : Mathieu | mercredi, 05 avril 2006 22:03
Guy cette note était nécessaire tu nous ramène tous sur terre. Et ça fait du bien parfois.
La dernière fois que j'ai rencontré un mec comme ça c'était une nuit aux halles, pour une raison x, y je trainais seul dehors... je rentre dans un macdo et un mec en haillons, un timale, la trentaine, squattai devant la caisse. c'était a mon tour et le videur s'approche pour le bouger de là. je lui dit "non laissez il est avec moi", j'ai eu se reflexe parcequ'il ne demandait rien à personne il regardait les autres prendre à manger en respirant l'odeur graisseuse des big-mac. on prends donc pour manger, et il touche à rien. je lui dit "va y mange" et il me fait timidement "c'est à moi?". il tremblait en mangeant. il était terrassé par la faim, pas aigri mais comme dégouté de vivre, pas assez de force pour parler. nuit d'été aux halles. vrai choc, ça existe encore des mecs qui meurent de faim et qui comprennent pas ce qui leur arrivent.
Ecrit par : bilal | mercredi, 05 avril 2006 22:15
quel manque de gout
manger au mac do avec un pauvre en plus !
Ecrit par : jeanmarc | mercredi, 05 avril 2006 22:20
mdrrrr
Ecrit par : bilal | mercredi, 05 avril 2006 22:21
Je relis le post de Guy sur cet homme dans la rue. Et je dois dire que je comprends à quel point certaines réactions trop empressées à ce qu'il a essayé de dire avec une retenue qui me parle ont finalement pu lui paraître tomber complètement à côté de ce qu'il a ressenti dans le regard silencieux de cet homme.
Ecrit par : Mathieu | mercredi, 05 avril 2006 22:24
C'est beau ces satisfactions entre nous ; pendant ce temps, le problème reste entier. Mais l'essentiel est de se sentir humain, dans une situation inhumaine.
J'avais honte de lire ces lignes orgueilleuses et bourgeoises.
Honte d'être moi-même comme vous tous.
Honte d'être ici, chez moi, au chaud, en lisant des lignes tellement convenues que je m'écoeurais de les lire.
Honte à nous qui laissons faire tout cela avec juste pour humanité de constater que nous aurions aimé vers vers eux. Quelle preuve!
Ecrit par : Yvon | mercredi, 05 avril 2006 22:38
Un ligne à retenir parmi d'autres de ce témoignage : celle où on apprend que cet homme a quarante ans.
Et un extrait de texte. Ceux qui veulent la suite m'envoient un mail.
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Il vient de loin, poussé comme une feuille morte par la faim, la malchance et le découragement. Et peut-être autre chose qui ne regarde que lui. Son errance s'est arrêtée un temps devant l'église d’A..., où il guette la sortie des fidèles : Noël approche, et l’attendrissement charitable allant avec. Les habits en cuirasse de crasse, les cheveux éparpillés, grisâtres, la peau rougie et fendue tant par l'alcool que le froid, les yeux d'une eau trouble, perdue, il attend, il ne sait plus rien faire d'autre, sa seule envie du moment, survivre. Tendant une main tordue et secouée de tremblements, il marmonne au paroissien attardé une supplique imbibée où flottent des mots d'autrefois : un métier, une maison, une famille, tout ça englouti dans ce tourbillon froid que de fieffés spécialistes en leurs grands bureaux chauds ont nommé La Crise.
Par intervalles d'air tiède, il entend sortir du portail entrouvert des bouffées d'orgue assuré, des bribes de cantiques, quelque parole fleurie d'un prêtre : ça aussi c'est avant, très loin, un vague souvenir d'enfance calme, d'un monde où tout allait bien, où les seuls pauvres étaient les petits négros grosses lèvres rouges et ventres pansus pour qui les grands-mères tricotaient pieusement des chaussettes en laine de récupération cacadoie.
Puis les chaises, le battement des pas, le portail qui s'écarte, la foule qui sort : enfants proprets et soulagés, dames souriantes aux toilettes convenues, messieurs lents clignant des yeux au timide soleil de la place. Quelques pièces tombent parfois dans sa casquette, certaines sèches, d'autres accompagnées d'un rapide sourire muet. Mille conversations s'élancent par-dessus sa tête basse, qui ne voit que les chaussures luisantes, les plis impeccables des pantalons et les socquettes blanches dûment remontées. Il lui faudrait le courage de lever les yeux, affronter ces regards normaux, les chaleureux et les apitoyés comme les indifférents. Eux, ils ont des rites exacts et sûrs, des amis à saluer, une voiture encore tiède de l'aller, un repas dans une maison, histoire de s’entraîner pour le réveillon. Lui, il attend que les lieux soient vides pour se relever en craquant, prendre sa canne, son bissac, et partir.
pmbourdaud@wanadoo.fr
....
Ecrit par : PMB | mercredi, 05 avril 2006 22:58
Tu m'excuseras (et les intervenants avec) mais je n'ai lu que ton billet.
Je ne sais pas quelles sont les réactions mais je les lirai plus tard, au calme.
Sauf que tu m'a projettée 10 ans auparavant.
Il y a 11 ans j'avais une vie pépère.
On refaisait le monde avec les copins à table, grâce à des adjuvants légaux ou non. Mais on avait les moyens !
On avait tous des gosses, des boulots, des apparts, des vies...
Et puis, un jour, des moins que rien se sont montrés.
On a occupé un lieu, très vaste, très symbolique.
Des mois. 9 mois et 9 jours avant que les flics nous lourdent.
Toute ma vie en a été changée.
Vraiment.
Les moins que rien sont devenus ma famille.
J'ai quitté la mienne.
Un temps, six mois, je les ai même rejoints ces Riens, protégée, coucougnée par les mêmes que j'avais défendu dans des assemblées territoriales, des parlements, des journalistes, des plateaux de TV....
Alors, ton bout de vie qui te chavire, je peux te dire qu'il faudrait qu'il te chavire plus que ça....
Attention ! Je ne t'agresse pas !
Je te dis juste que cotoyer le rien n'est pas comprendre le rien.
Et puis j'arrête là parce que c'est trop dur de trouver des mots pour ça.
Et puis aussi que je suis contente que tu ais rencontré ce bout de "rien"... sans passer à côté, aveugle.
Ecrit par : Fugitive | mercredi, 05 avril 2006 23:32
J'ai eu une histoire analogue... une vieille femme, qui pleurait.... mais pleurait à s'égosiller. J'ai discuté avec elle quelques minutes. C'est vrai elle était un peu délirante, mais bon, cette femme, elle peut être une de nos grand mères. J'avais vraiment pas envie d'être dérangé ce jour là. Je sais toujours pas si c'est cette analogie qui m'en a donné "l'envie". En tout cas, quand on intervient, on rentre clairement dans une bulle. On pourrait crever dans l'instant, personne n'en aurait rien à faire.
Ecrit par : Kamui | mercredi, 05 avril 2006 23:32
La seule question qui me vienne, à la lecture et relecture, qu’est ce qui nous sépare ?
Martin Grall
Ecrit par : martin grall | mercredi, 05 avril 2006 23:49
La vie.
Ecrit par : Perséphone | jeudi, 06 avril 2006 00:28
il y avait, pendant plusieurs années au coin de ma rue un sdf qui dormait sur une bouche de métro, qui manquait déjà au paysage lorsqu'il n'y était plus.
je lui parlais de temps à autre, très peu, je lui donnais souvent des cigarettes et parfois de l'argent parfois.
c'était un homme encore jeune avec un sourire plein de douceur qui se faisait régulièrement attaquer. on lui dérobait les quelques couvertures qu'il avait réunies, les quelques euros attrappés. parfois, on le voyait la gueule amochée. j'avais souvent pensé appeler le samu social sans jamais lui en parler et un jour d'immense froid en hiver 2003 j'ai fait le numéro.
je ne l'ai plus jamais revu. je crains d'avoir fait une erreur.
d'autres sdf l'ont remplacé depuis sur la bouche de métro et aucun d'eux ne respire de cette douceur qui lui était propre. son souvenir me hante. j'espère bien sûr qu'il n'est pas revenu dans notre quartier parce qu'il a trouvé mieux mais quelque part dans ma tête je me dis qu'il n'a peut-être pas survécu aux structures que nous proposons . l'image de cet homme dont je ne connais pas le nom me hante depuis.
lorsque j'étais jeune, "inconsciente" peut-être et pleine de belles idées, je faisais souvent monter chez moi des clochards (il n'y avait pas encore ce phénomène massif de sdf) pour qu'ils prennent un bain et pour leur donner des tickets de resto u .
mais je ne suis plus jeune, consciente des dangers et je paye des impôts et des charges et des taxes de solidarité etc. et espére qu'ils soient redistribués pour prendre en compte aussi ces malheurs là.
mais ce n'est pas le cas. ou du moins ce n'est pas efficace.
j'ai du mal à me résigner à ce que, si cela continue, on va s'habituer à faire de très grands pas pour enjamber des gens qui vivent dans la rue, une peu comme en inde et qu'on ne les verra plus. mais je dois avouer, qu'en inde il ne m'a pas fallu très longtemps pour arrêter de pleurer et pour vaquer à mes occupations de touriste et ici, même si les proportions ne sont pas comparables, je ne regarde plus vraiment non plus.
Ecrit par : valérie | jeudi, 06 avril 2006 06:38
2° partie (Ily en a trois)
Lentement, il quitte la place retournée à son désert. Il descend vers la gare entre deux rangées d'immeubles frais repeints de blanc. Un oeil distrait sur l'espace vaguement vert à gauche, où jouent sérieusement quelques gamins crépus ou blonds qui, dans leur amusement, ignorent sa silhouette tremblante et cassée. C'est peut-être mieux. Des guirlandes éteintes pendouillent aux arbres. Il passe devant un restaurant exotique. Pas pour son ventre, ça, depuis longtemps. Son exotisme à lui, ce sont les poubelles, les fins de marché et parfois, les restes qu'il mendie aux terrasses repues avant que les serveurs ne le chassent dégoûtés – à voix basse, ne pas déranger les clients.
Il approche de la gare, délaissée depuis que sa boutique aux journaux a fermé et qu'on a prié son chef d'élire domicile à la grosse ville proche. Il atteint le dédale souterrain qui conduit aux voies et remplace l'ancien passage à niveau. Dans cette étendue sale, il se retrouve brusquement en terre familière : canettes cassées, papiers froissés, grisaille obscure parcourue de pauvres graffitis suintant le refoulement, naufrage de l'art pariétal et du désir adolescent réunis. Seule une ancienne fresque d'origine scolaire abandonnée à l'humidité et une plus récente, plaisante mais accentuant le misérabilisme du reste, peuvent retenir l’œil du passant épris d'insolite. Un vent courant, humide, des flaques noires et douteuses, une odeur fade à laquelle il est trop habitué, le font hésiter. Pourtant, ce monde englouti l'attire. Là au moins il ne voit plus tout ce qui lui rappelle avant : propreté, chaleur, lumière.
Dans un nouvel et pesant effort, il prend la rue Lamorière, longeant cette voie ferrée rectiligne qui l'aspire : mélange de l'idée qu'il aimerait partir, repartir, loin, vers autre chose, n’importe quoi mais autre chose, et aussi qu'il pourrait finir là, définitivement, sous les roues aveugles d'un de ces puissants et interminables métalliers qui réveillent le voisinage aux heures troubles de la nuit.
Quand même, il avance. L'automate a des restes de ressort. Il croise le ballon d'un jeune garçon roux aux yeux clairs qui le regarde passer sans oser son sourire habituel. N’importe, il ne l’aurait pas vu : inutile de se rappeler qu’un autre garçon, le sien, ne lui souriait plus. La petite sœur, silencieuse, s’abrite derrière son portail. Plus loin, un braque inquiet lui fait un brin de conduite à voix rauque. L'homme a l'habitude, les chiens savent lui dire tout haut ce que les gens pensent tout bas.
...
Ecrit par : PMB | jeudi, 06 avril 2006 07:00
je lis régulièrement les articles de ce blog, mais sans réagir. Là je trouve consternant que certains jugent un homme qu'il ne connaisse pas. Il a juste exprimé un sentiment d'abattement, un de ces moments de dépit où tout nous semble vain. Ce genre de sentiment que tous les jours nous nous efferçons d'oublier, tellement la (les) misère(s) nous encercle.
Ecrit par : kb | jeudi, 06 avril 2006 08:01
M Birenbaum
Apparemment, certaines notes vous ont choqué, et vous vous êtes cru agressé ? Pourquoi ?
Effectivement ma vision de vous d'après vos réflexions ne peut représenter votre réalité, j'en suis consciente. Les seuls éléments dont je dispose sont votre âge, une appréciation de vos revenus, votre métier et quelques unes de vos orientations politiques... C'est bien peu.
Quant aux expressions que vous relevez (parking et immeuble), je n'ai pas cru que celà sous tendait une vie particulièrement exceptionnelle! C'est le cas des 3/4 de la population des villes ... Mais peut être vivez vous comme moi dans un bled paumé ?
En tous les cas je m'excuse platement si j'ai pu vous froisser par mon post précédent car c'était loin d'être mon intention. J'ai juste voulu souligner l'écoeurement que je ressentais une nouvelle fois devant votre constat, mais aussi vous encourager à ne pas baisser les bras. Vous n'êtes pas Superman, mais vous pouvez, nous pouvons tous beaucoup, par quelques gestes aussi simples que celui que vous nous avez relaté.
Merci pour votre citation d'aujourd'hui.
Ecrit par : fanny guillot | jeudi, 06 avril 2006 08:46
Bonjour Guy. Il ya plusieurs semaines, j'avais timidement tenté de parler de ce sujet, qui visiblement n'interessait pas les visiteurs de votre blog, trop occupés à commenter la coprolalie de Dieudonné.
Bienvenue donc au Chirakstan.
Merci pour votre post. Continuez à faire entendre votre voix comme vous l'avez fait ici. C'est indispensable. Merci encore.
Ecrit par : PHILIPPE | jeudi, 06 avril 2006 10:40
lire ce post et les commentaires en écoutant la conf' de villepin sur i-télé est assez surréaliste... là on touche vraiment le décalage entre politiciens et la réalité. villepin parle d'un martin hirsch de "l'agence nouvelle des solidarités actives", ça sonne bien. je me demande ce qu'il fout et avec quel salaire pompé sur nos impôts.
"avec 400 000 logements sociaux voilà qui tranche avec l'époque précédente..." villepin enfile les unes après les autres les perles de projets sociaux pharaoniques qu'il entend mener à bien en urgence.
"quand il y a un problème on le traite"
pas l'air d'avoir envie de partir, cpe et manifs passés. tout ça pour ça?
streetscene: je me souviens d'un après-midi en province il y a dix ans avec jane birkin qui croisant un sdf, s'agenouillait, lui offrait son beau sourire et pliait un billet de 500 francs dans la cébille. pareil avec le suivant, croisé un peu plus loin. et encore auprès d'un autre, jusqu'au théâtre.
et moi qui était mal à l'aise, en pensant à toutes les pièces jaunes que je refilais d'habitude...
je me souviens de matinées d'inscriptions et de distribution au restos du coeur où l'émotion déborde à chaque fois.
merci pour cette étincelle d'humanité guy, en attendant d'en lire beaucoup d'autres...
Ecrit par : jmamhoud | jeudi, 06 avril 2006 11:45
Stop ! pas touche à Martin HIRSH ...
Ce monsieur, ENS, ENA, etc., etc. (voyez à quel point il démarrait mal dans la vie) fait du social, et le fait plutot bien.
Voir son parcours, passé notamment par Emmaus
Ecrit par : xolotl pichuan | jeudi, 06 avril 2006 12:10
Je m'en tiens à mon silence ici.
Ecrit par : guy birenbaum | jeudi, 06 avril 2006 20:34
Suite et fin
...
Il atteint enfin le minisquare face au Stand de Tir, là où aiment traîner les collégiens de Saint-Pierre avant les cours. Ce trou de végétation lui fera un abri pour mâchonner le vieux sandwich aux rillettes qu'il traîne depuis la veille, coincé entre sa bouteille en plastique de vin tiédi et un sac de couchage qui fut bleu. Il marche d'abord sur un pantalon, bien étonnant là : sera-t-il à ses dimensions ? Il s'assoit en tailleur – l'habitude – et, avec ses derniers chicots jaunis, mastique lentement le pain, entrecoupant ses bouchées de profondes lampées. Puis il sort un informe paquet de gris, sa seule richesse, et roule lentement une cigarette avec, économie oblige, plus de papier que de tabac. (On appelle ça des cigarettes de retraité : lui, retraité de la vie). Son arrêt se prolonge dans une demi-somnolence, à peine dérangée par le lent ferraillement d'un convoi de wagons-citernes.
Puis il repart, croisant deux scooters en furie, et emprunte un deuxième passage souterrain, plus petit. Les bergers allemands gardiens du collège, parcourant la haie de laurier qui habille le grillage, l’escortent d'une kyrielle d'aboiements bien sentis. Il longe des jardins délaissés envahis de gravats, bordant d’anciens abattoirs défigurés par la restauration (le rajout d’un gros escalier prétendu de secours n’a rien secouru, seulement noyé la simplicité de la façade), et un terrain vague bordé de peupliers frissonnants où l'eau des dernières inondations a laissé, en partant, des croupissures brunâtres ornées de vieux bidons de plastique encore blanc.
Sur sa droite, avant la caserne à l’abandon où il va tenter de passer la nuit, tanné par le gel, pas bien sûr d’être vraiment seul à dormir, ici (les seringues entrevues au sol sale hier), il aperçoit la Résidence du Bel-Automne – beau, tu parles. Les guirlandes qui clignotent aux fenêtres barbouillées de fausse neige lui rappellent quelque chose, qu’il chasse au plus vite. Il presse le mouvement pour ne pas sentir les regards, ne pas voir les couples côte à côte sur leurs bancs, ne pas entendre les petits papotages de ceux qui n'attendent plus ici que le passage du temps.
Voilà bien une vie chaude, propre, coquette – il ignore l’ennui, le confinement, les querelles pour des queues de cerises – qui ne sera jamais la sienne : sa vieillesse, s'il en a une, si misère et maladie ne l'ont pas fauché avant, si quelque mauvaise rencontre n'abrège pas cette marche à tâtons dans le vide, sera froide, sale, et seule.
Ecrit par : PMB | jeudi, 06 avril 2006 21:54
C'est de vous ?
Ecrit par : guy birenbaum | vendredi, 07 avril 2006 06:44
Persphone je parlais de nous sur ce post
Ecrit par : martin | vendredi, 07 avril 2006 07:30
Heureusement, il existe des gens qui ne se contentent pas d'avoir "froid dans le dos" sur leur blog :
www.secourspopulaire.fr
Ecrit par : Joris | vendredi, 07 avril 2006 12:17
OK Martin!
Ecrit par : Perséphone | vendredi, 07 avril 2006 12:26
Joris !
Sachez ! Qui est derrière l’anonymat, avant !
Martin Grall
Ecrit par : martin grall | vendredi, 07 avril 2006 13:18
Guy, maintenant que vous avez aidé un homme à traverser la route, voudriez vous aider toutes ces femmes maltraitées et abandonnées sur le territoire Français par leur mari, à traverser le bureau moquetté des Préfets de ce pays qui (comme en 40) vont au-delà de la dureté exigée par notre gouvernement humaniste?
Ecrit par : cath | samedi, 08 avril 2006 12:05
c'est à dire ?
Ecrit par : guy birenbaum | samedi, 08 avril 2006 12:09
Il faut se pencher sur les lois Sarko..France pays des Droits de l'homme..Quand un monsieur ramène d'un pays étranger une femme et qu'aprés en avoir usé et abusé (aprés mariage),il peut la jeter à la rue (quand elle ne s'est pas enfuie) juste avant deux années de mariage et de vie commune..madame sera reconduite à la frontière et le monsieur sera débarassé...Pourtant il y a bien une circulaire encourageant les préfets à se montrer tolérant avec ces femmes parfois martyrisées..Ben, ça ne marche pas !!! Il faut tenir deux ans de coups, de viols au domicile conjugal pour avoir "l'autorisation" de rester en France.
Une petite dernière (pour la route): un bloc opératoire n'étant pas considéré comme lieu privé, la police peut venir s'y emparer d' un étranger sans papiers..
Ecrit par : cath | samedi, 08 avril 2006 17:15
Bonjour,
discuter avec un SDF c'est tout à votre honneur, mais je suis surprise que vous ne lui ayez rien donné, si ce n'est un peu de temps et d'écoute, surtout s'il n'avait pas mangé depuis 2 jours. Parce que la faim, c'est concret, c'est réel.
J'ai souvent entendu qu'il ne fallait pas donner aux SDF, en gros parce que ce que ca les conforte dans leur misère. Ca me choque énormément en fait, car eux ont des impératifs de très très court terme.
Ecrit par : dimanche | dimanche, 09 avril 2006 21:21
Vous avez raison.
Ecrit par : guy birenbaum | dimanche, 09 avril 2006 22:44
pourquoi vous lui avez rien donné ? moi je passe mon temps à me rendre chez tes clients par le metro depuis 10 ans et je donne systematiquement du fric à quasi chaque mec qui demande dans les rames ou dans les couloirs. c'est un impot que te trouve normal de payer, surtout entre deux 'cours' tres chers payés par les bourgeois rives gauches. mais je ne comprends jamais pourquoi ces gens qui ont l'air parfois si riches ne donnent jamais ! c'est dingue, ils ne donnent jamais ! et les touristes ? jamais non plus ! concernés par nos belles pierres mais pas par nos pauvres sales. quand j'habit à l'etranger, je donne aussi, c'est vrai que c'est plus dur (il doit y avoir une raison psy) mais je donne. bref, tout ca pour dire que je viens d'une famille tres pauvre, que je n'ai pas un euro de côté, et donc que c'est facile pour moi de me passer de l'enrichissement, question d'education. d'ailleurs je ne sais plus qui disait (badinter ou joxe, un vieux sage dans le genre) : si les riches donnaient, ils ne seraient plus riches.
Ecrit par : charniere centrale | mercredi, 12 avril 2006 00:38
pas 'tes' clients, mais 'des clients'...meme si on doit avoir à peu pres les memes...
salut.
Ecrit par : charniere centrale | mercredi, 12 avril 2006 00:42
Parce que j'ai trouvé que c'était insuffisant mais rassure toi, je donne aussi mais dois-je le dire ici ?
Ecrit par : guy birenbaum | mercredi, 12 avril 2006 06:36
tu as raison sur le fait de ne pas le dire ici (pourtant cela inciterait peut etre tes 'fans' à faire pareil) mais bon, tu sais, 50 cts c'est mieux que rien et c'est quasi le prix d'une biere qui rechauffe le coeur et les neurones.
amen.
Ecrit par : charniere centrale | jeudi, 13 avril 2006 01:38
A ce propos, voici un lien
http://clocheman.com/pages/indexpag.html
il faut en parler encore - encore et encore....
Ecrit par : Flo | mercredi, 19 avril 2006 13:55




















