samedi, 08 juillet 2006
Au bal des hypocrites...
C'est un Point de vue (Images du Monde !) qui n'a jamais si bien porté son nom (!) publié par Le Monde daté de ce jour. Je vous laisse le lire.
Son auteur, Benoît Delmas, est un journaliste qui travaille généralement sur la télévision (dernier livre paru L'histoire secrète d'Endemol). http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/2080686631/qid=1152...
"Paris Match" encadre les secrets d'alcôve, par Benoît Delmas
La vraie-fausse démission du patron de Paris Match a tout du vaudeville. Son tempo, son rythme, ses faux-semblants. Dans le "Au théâtre ce soir" du Paris des initiés, le bal des hypocrites fait salle comble. Si les grands mots sont de sortie, lavés et repassés avec compétence, notons que la liberté de la presse aura trébuché sur une nouvelle composante de la vie française : la "peoplisation" des politiques. La raison de ce déferlement d'éditoriaux ou de prises de parole ? Une "une" où la femme d'un ministre s'affiche avec son amant estival. Bref, on le voit, une affaire d'Etat. Difficile, voire dangereux de sortir les banderoles usagées de la mélodie "c'est un peu de démocratie qui s'en va" lorsque le motif du litige est une affaire d'alcôve, une stricte affaire privée qui n'aurait jamais dû quitter les étagères des agences photo dont le chiffre d'affaires "people" dépasse désormais les 20 %. Ainsi, Alain Genestar restera à la postérité comme étant la première victime d'une dérive de la presse et du monde politique : en faire des "people" comme les autres. A moins de considérer les lecteurs comme des dégénérés congénitaux voire de simples légumes, l'affaire Paris Match révèle la confusion des genres où Loana est l'égale de Ségolène, future mariée, Johnny le rival de Villepin... Lorsque Ségolène Royal se fend d'un communiqué pour dire publiquement qu'elle se mariera dans la plus stricte intimité, cela se nomme un oxymore. Le barnum qui entoure le départ de Genestar n'a d'intérêt que si l'on dépasse son cas personnel. La tendance de certains titres à mettre en avant les escapades de tel ou tel élu, de les faire poser en leur demeure, brouille les lignes, met "La Ferme des célébrités" au même niveau qu'une élection, le tout avec un cynisme proche du zénith. Quant aux politiques, ils prennent goût aux journaux "people", tirage oblige. Les 11 millions de lecteurs de Voici & Cie pèsent plus que les 500 000 acquéreurs du Nouvel Observateur ou de L'Express. Pour autant, chacun doit rester dans son rôle sous peine de mettre sens dessus dessous la hiérarchie des valeurs. Genestar paye comptant d'avoir ébréché le vase de Soissons du gentleman's agreement qui régente vie publique et vie privée. A l'orée d'une année électorale qui a tout du grand bazar, aux patrons de presse de fixer le curseur, de faire loi l'adage selon lequel les affaires de coeur et de draps relèvent de la sphère personnelle et non du kiosque. Le cas Genestar, fausse victime d'un dérapage déontologique, peut servir de cas d'école. Non, trois fois non, une bimbo échappée du zoo de la télé-réalité ne peut être l'égale d'un prétendant à l'Elysée.
"Difficile, voire dangereux de sortir les banderoles usagées de la mélodie 'c'est un peu de démocratie qui s'en va' lorsque le motif du litige est une affaire d'alcôve, une stricte affaire privée qui n'aurait jamais dû quitter les étagères des agences photo" écrit Delmas qui ajoute :"A l'orée d'une année électorale qui a tout du grand bazar, aux patrons de presse de fixer le curseur, de faire loi l'adage selon lequel les affaires de coeur et de draps relèvent de la sphère personnelle et non du kiosque".
Eh bien, je pense qu'il a grandement tort...
Qu'on s'en réjouisse ou qu'on le déplore - ce qui est mon cas - "les affaires de coeur et de draps" relèvent totalement de la sphère publique à partir du moment où ce sont des politiques - certains politiques - qui ont décidé de leur plein gré de nous traîner dans leurs alcoves, et ce à des fins expressément politiques.
Le politique qui ne montre rien n'a effectivement rien à redouter de la presse ; on ne doit rien apprendre au "public" de sa vie.
En revanche, celui ou celle qui pose, qui s'expose ou qui surexpose sa famille, doit concilier ce qu'il montre avec ses véritables pratiques ou moeurs.
Il ne sagit plus du tout alors d'une "stricte affaire privée".
Pardon pour l'autocitation mais je ne saurais expliquer pourquoi plus précisément que je l'ai déjà fait (en 2003) dans Nos délits d'initiés (Stock) & (Folio 2004).
Une femme ou un homme publics, et plus particulièrement une femme ou un homme politiques ont-ils droit à une vie privée ?
Poser la question ainsi revient évidemment à y répondre.
Bien sûr, comme tout citoyen, un politique a tous les droits dont celui, bien naturel, à son intimité.
Il existe cependant des différences entre les statuts des personnalités publiques et ceux des citoyens anonymes.
Ainsi – comme pour tout un chacun –, il n'est ni gênant ni impropre qu'un politique ait des maîtresses (ou des amants), ni qu'il ou elle fume quelques pétards en passant. C'est comme ça. Il ou elle vit sa vie. La sphère privée est faite pour cela et le regard des autres n'a pas à s'en emparer. Il est d'ailleurs bon nombre d'élus d'audience nationale, voire de ministres d'hier ou d'aujourd'hui, dont nous n'avons jamais vu le conjoint, ni visité la chambre à coucher. Rien de choquant dans ce cloisonnement : on élit des individus pas des familles. Nous n'avons rien à savoir.
Là où les choses se gâtent passablement, c'est lorsque la même personne qui multiplie les infidélités conjugales ou sniffe à l'occasion un rail de coke, vient, le plus souvent pour des motifs électoraux, nous vendre son intimité, sa vie de famille, sa morale exemplaire, ses pratiques saines, ses qualités humaines.
La situation devient intenable et doit être signalée dès lors qu'il y a contradiction flagrante entre ce que la personnalité politique fait de sa vie dans le privé et ce qu'elle prescrit, dit ou montre publiquement en fonction de ses intérêts politiques du moment, sans compter que, bien souvent, ce sont des fonds publics qui sont alors sollicités.
Soyons ici précis. Le terme « vie privée » n'a plus le même sens lorsque le privé est sollicité par la personnalité politique, qui en fait alors un instrument, un moyen de campagne électorale. Si elle décide de se servir de sa vie privée à des fins électorales, elle fait donc évoluer elle-même la frontière entre privé et public. Elle est ensuite malvenue de solliciter la justice pour protéger une vie privée qu'elle a elle-même « publicisée » et « politisée », lorsque cela l'arrangeait. Ainsi, comme le note l'avocat Emmanuel Pierrat, « les faits relatifs à la vie de personnes publiques sollicitant la confiance des électeurs pourraient être révélés au public, dès lors qu'ils peuvent influer sur l'exercice de certaines fonctions. La Cour de cassation a notamment admis qu'il est justifié qu'un journal informe le public, de manière succincte et décente, de la dépression nerveuse d'un magistrat ». L'avocat ajoute qu'une jurisprudence constante considère « que les divulgations concernant un individu entrent dans le cadre de l'exception d'actualité à l'occasion de faits qui peuvent éveiller une curiosité légitime du public, dès lors que ces informations n'ont pas un caractère malsain de nature à heurter les sentiments de la personne intéressée ». Le directeur de la rédaction du Monde, Edwy Plenel, a écrit sur la frontière public–privé quelques-unes des pages les plus justes, lui qui, pourtant, ne révéla pas le « secret Mazarine ». Ainsi, concernant les liens entre François Mitterrand, son ami Roger-Patrice Pelat et l'affaire Péchiney : « Comment oser franchir cette frontière sacro-sainte qui sépare l'espace public, ouvert à nos curiosités journalistiques, et l'intimité privée, interdite à nos indiscrétions coupables ? Tout simplement parce que la caractéristique de cette histoire est que, précisément, cette frontière fut abolie par ses protagonistes eux-mêmes. Ici, le privé s'est emparé du public. Des intérêts privés se sont imbriqués à des devoirs publics. » Plenel ajoute : « La vie privée ne saurait être l'alibi du pouvoir. Il est, pour tout journaliste un tant soit peu soucieux de déontologie, des frontières inviolables dans l'ordinaire de son travail. Transgresser ces limites reviendrait à consacrer un regard panoptique totalitaire, à nier le droit de l'homme privé à s'émanciper du citoyen public [...]. Le périmètre réservé d'intimité intouchable et sacrée est plus restreint dès qu'il s'agit d'individus autorisés à parler, à décider, à diriger et à dominer d'autres hommes . »
Dès lors, en croyant toujours que les écarts entre ce qu'ils disent, ce qu'ils sont et ce qu'ils font ne sont pas appréhendés par le commun des votants, ces politiques se méprennent totalement. De même que derrière le fameux « sentiment d'insécurité » se terraient des formes variées d'insécurité, malheureusement peu contestables, et qui ont fini par devenir un enjeu politique explosif, un « sentiment du mensonge » s'est instillé dans la société française. Ce sentiment, partagé par nombre de nos concitoyens, prend sa source dans leur perception de la réelle propension au mensonge d'élites politiques forcenées de communication. Continuer à le nier serait politiquement suicidaire.
De la privatisation de la politique.
La période actuelle voit, en effet, la communication prendre nettement le pas sur la politique. Un véritable tournant a été franchi depuis la nomination des gouvernements de Jean-Pierre Raffarin. Ce dernier, on le sait, a fait de la mise en scène de son action l'un des vecteurs obligés de son succès escompté. Surtout, jouant des frontières entre privé et public comme peu le firent, imposant notamment leurs femmes au rang d'actrices de et dans leur activité politique, quelques ministres de l'équipe Raffarin ont franchi le Rubicon et ouvert la voie à bien des excès. Nous y reviendrons plus loin, mais les couples Sarkozy et Ferry en particulier auront, sur le long terme, une responsabilité toute particulière dans la modification du regard porté sur la politique par les citoyens. Cette débauche de communication de couple à l'américaine ne plaît apparemment pas à tout le monde. Il n'est qu'à lire cette déclaration, édifiante, de Clara Gaymard, épouse du ministre de l'agriculture Hervé Gaymard : « Isabelle Juppé, Laure Darcos, Cécilia Sarkozy sont des deuxièmes épouses. Elles ont épousé la carrière de leur homme, font carrière avec lui, nous on s'aime . »
Vie privée ou vie publique ?
Mais en l'espèce, Clara a sans doute tort. Nicolas et Cécilia s'aiment eux aussi et surtout nul ne l'ignore ; ou plutôt, ils souhaitent visiblement que nul ne l'ignore. Ils se laissent même photographier s'embrassant sur la bouche dans le bureau ministériel pour Paris Match comme un banal couple présidentiel... américain. La journaliste Laurence Masurel écrit l'article qui accompagne ce reportage photo tout à la gloire de la dream team Sarkozy. Bref extrait de ce papier titré « Sarkozy, le bonheur au ministère » : « Cécilia Sarkozy, que les Français ont découverte presque toujours à ses côtés depuis un an, fait son entrée. [...] “Sa présence près de lui, c'est lui qui toujours la souhaite. Il a besoin d'elle, besoin de ses avis désintéressés et de son dévouement”, explique un de ses proches conseillers. Cécilia le couve du regard et il aime ça. “C'est vrai, confie-t-elle, que Nicolas a pris de l'ampleur. Il s'est, comment dirais-je..., bonifié.” Ce couple-là vit ensemble depuis presque seize ans. Ensemble, ils font de la politique. Ensemble, ils travaillent. Ensemble, ils vivent nuit et jour au ministère. Quand on demande au ministre un rendez-vous, il répond, amoureux, en jetant un regard vers elle : “Ah moi, je ne sais pas ! Demandez ça à la patronne...” Au passage, il lui offre une corbeille de muguet splendide. Elle l'embrasse . »
Vie privée ou vie publique ?
Pour un observateur américain comme Theodore Stanger, qui consacre un chapitre entier de son livre Sacrés Français ! à « l'omerta à la française », ces mœurs sont étonnantes, pour ne pas dire plus : « Les politiques français vont même plus loin que les Américains avec des conjointes qui conseillent leurs époux ministres, et exercent, en plus, leur influence à partir d'un bureau situé au sein même du ministère. Interrogé sur cette nouvelle tendance, inimaginable pour un citoyen américain, un conseiller de Matignon assurait que tout cela ne faisait que refléter “la vie moderne”. Vraiment ? » La question est des plus légitimes. Le même Stanger ajoute, au sujet de l’ex ministre de l’éducation Luc Ferry : « Un ministre de l'Éducation nationale dont les trois filles sont dans le privé, après tout, pourquoi pas, même si cela peut laisser croire à un manque de confiance dans... l'Éducation nationale. Plus révélateur est le réflexe immédiat de ses conseillers interrogés par les médias : brandir le “respect de la vie privée”. » Et Stanger de conclure : « En clair, l'information n'aurait jamais dû être publiée, cela ne regarde pas les Français. Du bon usage de la défense de la vie privée, dernier recours pour cacher des vérités politiques gênantes. »
Effectivement. Et encore Theodore Stanger n'évoque-t-il pas des problèmes bien plus « privés ». Ainsi l'histoire qui suit, évidemment authentique. Rez-de-chaussée du ministère de l'Éducation nationale, non loin du secrétariat particulier du ministre. Un mini-chien blanc, charmant, se laisse caresser. La maison est-elle si libérale qu'on autorise désormais les secrétaires à venir y travailler avec leur animal de compagnie ? Non. Explication ultérieure d'un membre du cabinet : « Le 101 [le cabinet du ministre Xavier Darcos, 101, rue de Grenelle] travaille beaucoup pour Mme Ferry en ce moment. » C'est-à-dire ? Un chargé de mission du 101, qui passe une partie de son temps dans le Sud, a été chargé par (ou pour) Marie-Caroline Ferry de ramener deux chiots de l'unique élevage français où l'on trouve ces petits « cotton » de race anglaise très en vogue. Un beau jouet pour « les filles ». L'un des deux ne survivra malheureusement pas au microclimat du septième arrondissement de Paris. On connaît la suite des aventures du chien grâce au Canard enchaîné. Mais la manière dont il était arrivé rue de Grenelle n'avait pas encore été racontée. Sur le même registre du mélange des genres : octobre 2002, Luc Ferry vient de publier son livre Qu'est-ce qu'une vie réussie ? Un dîner est organisé par les ministres Luc Ferry et Xavier Darcos, accompagnés de leurs épouses, avec quelques parlementaires influents de la majorité. L'un de ces derniers manifeste le souhait d'avoir plus d'éléments à livrer à ses électeurs sur la politique éducative. On a lu, dans Le Canard enchaîné notamment, que Marie-Caroline Ferry s'emporta alors : « Vous osez vous servir de mon mari à des fins électoralistes. » On a moins su qu'elle ajouta : « Vous, un jour, vous ne serez plus élu, tandis que mon mari, lui, il aura toujours ses livres. » Ah, la société civile ! La femme du ministre avait sans doute oublié qu'elle n'avait pas « atterri » – son mari, plutôt – rue de Grenelle par magie mais bien suite à l'un de ces méprisables rituels nommés « élection »... Quant aux twin-sets panthère, aux ballerines qui valsent dans un sonore « j'ai mal aux pieds » et aux longs après-midi passés à feuilleter des magazines dans le bureau du conseiller presse du ministre, là, pour le coup, c'est vraiment du « privé »...
Que penser, enfin, lorsque le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, en voyage officiel au Canada, apporte son soutien au salon Futurallia consacré aux rencontres entre des chefs d'entreprise, salon créé par... sa sœur, Françoise Vilain, directrice générale de la chambre de commerce et d'industrie de la Vienne. Cette dernière avoue : « Je lui ai dit : “Si tu faisais ta visite officielle au Québec pendant Futurallia, ce serait bien* .” » La sœur du Premier ministre estime sans doute qu'il ne s'agit là que d'un juste retour des choses, elle qui déclare, légèrement pompeuse : « J'ai perdu mon frère, je l'ai donné à la France ! »
Vie publique ou vie privée ?
Il est vrai que l'exemple vient d'en haut. L'instrumentalisation du privé, sa mise en scène à des fins de communication politique, le tout parfois aux dépens du contribuable, a été portée au pinacle par la « tribu Chirac » lors de la campagne présidentielle 2002. Il n'y manqua rien.
Bernadette Chirac dans le rôle de la mère courage, outragée mais fidèle, couchant ses états d'âme de femme bafouée sur le papier d'un livre, tout en récoltant ses pièces jaunes : « À l'heure actuelle, à la première épreuve, les gens se quittent. C'est tout de suite : “Très bien, au revoir !” Changement d'époque. En ce qui me concerne, j'ai hésité parce que j'avais des enfants et peut-être aussi parce que j'étais prisonnière des traditions familiales. Les conventions faisaient que, devant ce genre de situation, on s'offrait une façade et on tenait le coup. Quant à mes beaux-parents, toujours ma belle-mère, elle m'avait dit au moment de mon mariage : “Et surtout pas de divorce dans la famille.” Elle avait un culot formidable ! Et il en a hérité. » Jacques Chirac en grand-père du peuple revenu de l'enfer des affaires et de la trahison. Le tout orchestré par Claude, créature de son père et de feu Jacques Pilhan . C'est Raphaëlle Bacqué, l'une des meilleures biographes du président qui note dans Le Monde, en juillet 2001 : « Démêler ce qui relève de la vie publique et de la vie privée des Chirac a toujours été une affaire compliquée. Car rarement une famille aura autant participé, parfaitement au grand jour, au parcours politique d'un président . » Propos auxquels font étrangement écho ceux que lâche Bernadette Chirac, lors du premier anniversaire de l'élection, organisé le 5 mai 2003 au fameux Tapis rouge, siège de campagne un an plus tôt, dans l'un des accès de sincérité qui font tout son charme : « Peut-être est-ce parce que c'était une petite entreprise familiale que ça a marché. » On ne saurait mieux dire...
Le Canard enchaîné ?
Instruits par cette dérive accélérée, comment pouvons-nous continuer d'accepter que les mêmes qui posent et s'affichent en couverture ou au cœur de nos magazines, sur doubles pages et papier glacé, avec maris ou femmes, enfants, petits-enfants et labradors ou bichon, pour nous convaincre de leurs vertus, se contredisent totalement dans leur pratique privée ? Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais. Soyons ici de nouveau très clair pour être bien compris : tant que les personnalités politiques n'utilisent pas leur vie privée, n'instrumentalisent pas leur famille à des fins de communication – j'allais presque écrire de propagande – électorale, en sollicitant parfois, de surcroît, l'argent public, il n'y a strictement rien à leur objecter. Mais le jour où Gala, Paris Match ou VSD pénètrent leurs intérieurs et font pleurer dans les chaumières sur la vie rêvée ou difficile de ces couples illustres, nous, initiés, devons écrire ce que nous savons . Ils l'ont bien cherché...
À ce sujet, la ligne officielle du Canard enchaîné, pourtant réputé pour son impertinence, fixée très symboliquement et très visiblement (quatre colonnes en dernière page) par Michel Gaillard, son P-DG et directeur de la publication, suite à la parution du livre de Daniel Carton, Bien entendu... c'est off est d'une frilosité rare : « C'est tout l'honneur de la presse – n'ayons pas peur des mots – de ne pas ouvrir ses colonnes à une rubrique “Qui couche avec qui”, prometteuse de beaux tirages et de belles rigolades. Mais, aussi, source possible de basses insinuations, de vrais malaises et d'affreux chantages qui furent l'apanage de la presse d'avant-guerre . » Le patron du Canard ajoute : « Où s'arrête la vie privée ? Où commence la vie publique ? On s'accorde généralement pour dire que la séparation entre l'une et l'autre n'a plus lieu d'être à partir du moment où la vie privée a une influence manifeste sur la vie publique. Toute la difficulté est de saisir ce moment. »
Concernant notamment l'Innocent Roland Dumas qui fut – hasard... – l'avocat du Canard, ce moment ne fut-il pas pour le moins tardif ? À ce titre, ce qui doit nous servir ici de repère ou de balise a été clairement exprimé – concernant justement Roland Dumas et Christine Deviers-Joncour – dans L'Affaire Dumas . Évoquant celle qu'il nomme avec justesse « la femme fatale », Hervé Gattegno justifie : « Écrire cela, ce n'est pas tant trahir les secrets intimes d'un homme et, ce faisant, violer la sacro-sainte frontière qui doit séparer l'espace public de la sphère privée. C'est d'abord, c'est surtout donner à connaître toutes les pièces d'un puzzle, sans en excepter aucune, pour rendre intelligibles les faveurs hors normes dont bénéficia cette femme devenue l'héroïne d'un de ces vrais-faux mystères parisiens connus des seuls initiés, chuchotés dans des cercles d'influence où le débat d'idées n'a plus cours. » L'auteur ajoute : « C'est encore refuser la confusion des genres, la dissolution des repères, quand certains responsables publics choisissent de s'affranchir des règles communes, tout en se retranchant derrière le paravent commode de la vie privée. »
On ne saurait mieux dire, n'en déplaise à Benoît Delmas qui s'est avancé là - bien imprudemment - sur un terrain qu'il maîtrise mal.
Sa grille d'analyse est en effet totalement obsolète et inadaptée à une classe politique effectivement gagnée par la peopolisation.
Lorsque la Peopolitique est devenue la règle, la norme, comment la presse pourrait-elle se contenter d'annoner que certaines affaires d'alcôves "relèvent de la sphère personnelle et non du kiosque" ?
Le journalisme ne consiste justement pas à passer des gentleman's agreement avec les politiques.
Il serait temps de le comprendre.
09:05 Lien permanent | Commentaires (94) | Envoyer cette note | Tags : Presse, People, Genestar





















