vendredi, 30 juin 2006

On va bien voir.

D'où vient cette difficulté - ma difficulté - à poser les premières phrases de cette brève note ?

Je sais déjà que ça va être difficile.  Difficile pour tout le monde. Tant pis, il me faut la faire. Et l'écrire.

Il est évidemment inadmissible d'enlever tout ou partie d'un gouvernement élu démocratiquement comme l'ont décidé les autorités israéliennes. (http://www.20minutes.fr/articles/2006/06/29/actualite_int....)

Voilà c'est dit. C'est évident. L'attitude d'Israël est inacceptable. On n'enlève pas des élus, des ministres. Ce n'est pas possible.

On n'enlève pas un soldat non plus d'ailleurs.

Mais la riposte choisie est scandaleuse ; l'image donnée catastrophique.

Pas besoin d'explications laborieuses, ni de circonvolutions.

Une fois que j'ai énoncé ces banalités depuis mon lointain confort, d'où vient ma quasi-certitude que je vais lire ici - dans quelques heures ou dans quelques minutes - sous mes deux phrases modestes et indignées, des propos, au mieux irrationnels, au pire détestables ? 

Que des dérapages non contrôlés vont se multiplier ?

Que des mots vont être utilisés - par certains - qui seront disproportionnés ?

Que des comparaisons insupportables - historiquement ou politiquement - vont tomber, tout près de nous ? 

Tiens, tout simplement, à partir de quel moment, à quelle heure, quelqu'un glissera-t-il de "l'attitude du gouvernement israélien" à "l'attitude des israéliens" ?

Et puis quand passera-t-on d' "Israël" à "État juif" ?

Et d'"Israéliens" à "juifs" ? (surtout pas de capitale à "juif" Guy, sinon quelqu'un va justement te demander pourquoi !...)

D'où viendra la question sur la légitimité politique de l'antisionisme ?

Et qui soulèvera l'idée que l'antisionisme est forcément une forme dissimulée d'antisémitisme ?

Et quelqu'un demandera-t-il si on est forcément solidaire d'Israël lorsque l'on est soi même juif ? 

Et le mot "nazi", quand et comment va-t-il nous tétaniser ?

Et "Shoah", ça va sortir du chapeau ou pas ?

On devrait pourtant juste pouvoir écrire, sans prévention aucune et sans la moindre contrariété d'avance, qu'un gouvernement qui envoie son armée enlever des ministres et des députés d'un État voisin a forcément tort. 

On va bien voir.